L’art en quarantaine

Née en mars 2020 au démarrage des tout premiers confinements liés à la crise sanitaire, une initiative qui se voulait divertissante, potache et réservée à un cercle restreint est devenue en quelques jours un phénomène viral à dimension planétaire.
Fort du rayonnement international de “tussenkunstenquarantaine” (art en quarantaine), par la communicante hollandaise Anneloes Officier et ses deux collocatrices, plusieurs musées nationaux ont saisi la balle au bond et organisé leur propre challenge de réinterprétation DIY (“fait maison”) de leurs collections.
Un mois plus tard, le Clic France (CLub Innovation & Culture fédérant plus de 70 institutions muséales), Beaux Arts Magazine et Télérama lançait à leur tour le concours national « réinterprétons les œuvres des musées français » et récoltait en quelques semaines une moisson de purs chefs d’œuvre de créativité.

Florilège de réinterprétations amateures

Le principe du détournement de productions culturelles est à peu près aussi ancien que l’invention des outils de diffusion massive d’images (photographie, cinéma en tête). La réinterprétation amateure via le déguisement renvoie quant à elle à des formes de loisirs plus récentes, et plus ou moins élaborées, comme les jeux de rôle grandeur nature, le cosplay (ou “costumade”) qui se nourrit principalement des motifs de la pop culture, ou la reconstitution historique scénarisée.
Mais la viralité extraordinaire acquise par les concours participatifs de réinterprétation d’œuvres d’art a été favorisée par la conjonction de deux facteurs : la popularité de réseaux sociaux numériques basés sur la spontanéité (publication rapide de contenus bruts) et l’oisiveté forcée de catégories socio-professionnelles familières de ces mêmes réseaux et consommatrices de Culture.

La Cène, revue et corrigée par les personnels de l’hôpital de la Salpêtrière

Au-delà du phénomène de mode, il est intéressant de souligner les vertus pédagogiques de la réinterprétation d’œuvre, notamment en matière d’éducation aux images et d’éducation aux médias. Toute recréation d’un tableau ou d’une sculpture oblige préalablement à une analyse critique minimale de l’œuvre à détourner, à une compréhension de sa composition (organisation des éléments dans le cadre de l’image), à une approche comparée de son esthétique (couleur, picturalité, traitement du sujet, …). La portée éducative de la réinterprétation d’œuvres dépasse donc très largement les publics d’initiés. Encadrée par des dispositifs d’éducation, la démarche produit des résultats étonnants.
Entre autres exemples, on citera L’atelier critique (extension du dispositif d’éducation aux images Lycéens et apprentis au cinéma de Normandie) qui propose régulièrement aux enseignants et aux élèves inscrits la pratique du détournement comme vecteur de compression des tenants et aboutissants de la mise en scène de cinéma. Voir en particulier les nombreux films “suédés”, inspirés par le long métrage de Michel Gondry Be king rewind! / Soyez sympas, rembobinez ! (2008).

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